Il le gardait. Elle avait faim. Quelqu'un devait s'excuser.
Donc c'est mercredi soir. Je rentre du boulot. Journée longue, le genre où tu penses à un truc depuis 15h. Ce truc, c'était du gâteau. Mon gâteau d'anniversaire. Celui de samedi. Chocolat, noisette, de la bonne boulangerie rue Mouffetard. Il restait deux parts. Je sais qu'il restait deux parts parce que j'ai vérifié le matin.
J'ouvre le frigo. La boîte a disparu. Pas vide. Disparue. Comme si elle n'avait jamais existé.
Je demande à Sophia. Elle me fait : "Ah oui, j'en ai pris après le déjeuner." Pris. Elle a mangé les deux parts. De mon gâteau d'anniversaire. Un mercredi random. Et elle ne m'a même pas envoyé un texto. Pas un signal, pas un "je mate ton gâteau là," rien. Juste plus de gâteau.
C'est pas une histoire de gâteau. Enfin, un peu quand même. La boulangerie est à 40 minutes à pied. Mais c'est surtout qu'elle n'a pas pensé à demander. Ou même à le mentionner. J'ai appris la nouvelle en ouvrant un frigo.
OK alors déjà, le gâteau était dans le frigo depuis samedi. On était mercredi. Cinq jours. À un moment donné, un reste de gâteau dans un frigo partagé, ça devient de la nourriture partagée. C'est de la physique. Ou de la politesse. L'un des deux.
J'ai eu une matinée horrible. Ma réunion a été décalée, j'ai sauté le petit-déj, et à midi je fixais le frigo comme un animal sauvage. Le gâteau était là. Deux parts. J'en ai mangé une. Puis l'autre parce que franchement il était incroyable et j'ai zéro regret sur le fait d'avoir mangé.
Ce que je regrette, c'est de ne pas lui avoir envoyé un texto. Ça, c'est vrai. J'aurais dû. Mais il réagit comme si j'avais vendu son doudou d'enfance. C'est du gâteau. J'ai proposé d'en racheter un. Il m'a dit "c'est pas une question de gâteau" et il a passé vingt minutes à parler du gâteau.
Je l'aime mais il fait son cinéma.
Sophia devrait s'excuser.
Elle a dit qu'elle ne pensait sincèrement pas que c'était grave sur le moment, mais elle a compris pourquoi ouvrir un frigo vide, ça ressemblait à ouvrir une promesse vide. Le gâteau était symbolique. Elle l'a capté.
Il a accepté. Puis il l'a envoyée marcher jusqu'à la boulangerie rue Mouffetard lui acheter une part de son choix. Elle l'a fait. Ils l'ont partagée sur le canapé.
Ouais, je m'en resservirais. C'était un peu ridicule au début mais le verdict était juste. Et maintenant j'ai une preuve officielle que le gâteau était à moi.
Honnêtement, c'est trop marrant pour dire non. J'ai perdu mais j'ai perdu à la régulière. Et ça nous a évité de tourner en rond sur du gâteau tout le reste de la soirée.
Les enregistrements audio ont été réécrits pour une meilleure lisibilité.